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Numéro 29 : Interview de Patricia COSTAGLIOLI - Ingénierie, enseignement et recherche
Parcours de formation
Vous avez un diplôme d’ingénieur en Génie biochimique et alimentaire et génétique microbienne (INSA Toulouse).
Pourquoi avoir préféré rejoindre une école d’ingénieur plutôt que de passer par la voie classique de l’université ?
J’ai préféré rejoindre une école d’ingénieur plutôt que la voie classique de l’université pour plusieurs raisons, liées à la façon dont je voulais construire mon parcours professionnel.
D’abord, l’école d’ingénieur offre une formation plus structurée et professionnalisante : les enseignements sont construits pour amener progressivement à des compétences directement mobilisables en industrie ou en recherche appliquée. La logique est très “projet et applications”, ce qui correspond bien à ce que je visais.
Ensuite, j’ai vu un vrai intérêt dans la dimension ingénierie : au-delà de comprendre les mécanismes biologiques, je voulais apprendre à concevoir, et optimiser. De plus, dans une école, on a souvent accès à des parcours de formation organisés, avec des modules, des spécialisations et des opportunités de stages plus cadrées.
Enfin, la formation en école favorise souvent la culture projet (travail en équipe, résolution de problèmes concrets, gestion de contraintes techniques).
En quoi le diplôme d’ingénieur est-il un avantage/inconvénient dans la recherche académique ?
Le diplôme d’ingénieur peut être un avantage ou un léger inconvénient selon le contexte, surtout en recherche académique où comptent davantage les compétences scientifiques, la capacité à mener un projet de recherche et la production scientifique. Toutefois, la formation “ingénierie” permet de structurer un problème, de concevoir et optimiser, d’utiliser des protocoles de façon rigoureuse, et enfin de gérer un projet, qui sont des qualités directement transférables en laboratoire. Enfin, certaines personnes supposent qu’un parcours ingénieur est plus appliqué que théorique. En réalité, cela dépend du parcours réalisé (stages et doctorat) et des compétences qui y ont été développées.
Vous avez réalisé une thèse CIFRE (INSA Toulouse et Eridania Béghin-Say) sur la mise en place d’outils génétiques dans la levure Schwanniomyces occidentalis.
Votre parcours de doctorante :
Pourquoi avoir choisi de faire une thèse CIFRE plutôt qu’une thèse académique ?
J’ai choisi une thèse CIFRE parce que je voulais faire de la recherche, mais avec un impact concret. La thèse CIFRE m’a permis de travailler sur un sujet qui avait un objectif concret en lien avec des problématiques de l’industriel.
Elle me permettait de rester au plus près des besoins d’un industriel : on transforme les questions de recherche en problèmes techniques réels, avec des contraintes de temps, de validation et de déploiement.
Ensuite, la CIFRE correspondait aussi à mon projet de carrière. Je voulais construire une trajectoire où la thèse n’est pas uniquement un passage universitaire, mais un choix professionnalisant : compétences de recherche, compréhension des enjeux industriels et capacité à travailler en équipe avec des ingénieurs et des décideurs.
Quels sont selon vous les avantages et inconvénients d’une thèse CIFRE ?
Inconvénients :
- Des contraintes pouvant être plus fortes : les besoins de l’entreprise (délai, validation, exigences opérationnelles) peuvent limiter la liberté de recherche ou orienter les choix scientifiques.
- Un risque d’ajustement de sujet : si les priorités changent en entreprise, le sujet peut évoluer… et ça peut être une source de tension (entre planning, livrables et publication).
- Plusieurs “cultures” à concilier : gestion des attentes parfois différentes entre monde académique (publication, critères scientifiques) et monde industriel (résultat, efficacité, confidentialité).
- Une gestion administrative et une communication qui doit s’adapter : coordination entre école doctorale, laboratoire, entreprise, et parfois des interlocuteurs multiples peut augmenter la charge “non scientifique”.
- Confidentialité et valorisation : certaines parties du travail peuvent être difficiles à publier (données, méthodes non divulgables, etc…).
Avantages : cf. réponse ci-dessous
Recommanderiez-vous à des étudiants en école d’ingénieur une thèse CIFRE pour rejoindre la recherche académique/en entreprise? Pourquoi ?
Je recommanderais la thèse CIFRE pour différentes raisons :
- Double immersion : Le doctorant est à la fois intégré dans un laboratoire académique et une entreprise, ce qui permet d’acquérir une expérience professionnelle valorisée et une formation doctorale complète. Cela favorise une compréhension approfondie des enjeux industriels et académiques, et développe des compétences transversales (gestion de projet, communication, travail en équipe).
- Rémunération et stabilité : Le doctorant est salarié de l’entreprise, avec un revenu régulier et une protection sociale complète (sécurité sociale, prévoyance, chômage), souvent supérieurs à un contrat doctoral classique. Cela réduit la précarité et permet de se concentrer sur la recherche.
- Réseau professionnel : L’accès à des réseaux académiques et industriels élargit les opportunités de carrière, aussi bien en entreprise qu’en recherche appliquée.
La thèse CIFRE est-elle adaptée à une carrière en recherche académique ?
La thèse CIFRE est un excellent choix pour les élèves ingénieurs qui souhaitent s’orienter vers l’entreprise, la R&D, ou l’innovation, avec une employabilité et une reconnaissance fortes. Un retour vers l’académie (poste d’enseignant-chercheur) est possible, mais peut être plus difficile qu’avec une thèse académique classique, car il faut veiller à publier et à garder un ancrage scientifique fort.
Expériences professionnelles
Vous avez été co-responsable d’un des deux plateaux techniques du pôle transcriptome de la plateforme Génomique Fonctionnelle de Bordeaux.
En quoi consistent les missions d’un responsable d’un plateau technique/d’une plateforme ?
Nous avons réalisé plusieurs missions :
- Conseil et accompagnement : en proposant aux équipes de recherche académiques de l’Université de Bordeaux les solutions techniques les plus adaptées à leurs besoins, et en les guidant dans l’interprétation des données obtenues.
- Développement méthodologique : en participant à l’innovation et au développement de nouvelles méthodes ou protocoles, en lien avec les évolutions technologiques du domaine.
- Veille technologique : en assurant une veille active sur les nouvelles technologies, équipements et réglementations, et évaluer leur pertinence pour la plateforme.
- Interface avec les utilisateurs : en accueillant, formant et accompagnant les chercheurs, et enseignants-chercheurs dans l’utilisation des équipements et l’interprétation des résultats.
Vous êtes depuis plusieurs années Maître de Conférences et vous avez occupé différents postes dans l’enseignement supérieur, comme Directrice des études et Directrice adjointe par exemple.
En quoi vos différents postes liés à l’enseignement (Maître de Conférences, Directrice des études, Directrice adjointe, …) occupent une place importante dans votre parcours professionnel ?
Mes différentes fonctions associées à mon poste de maître de conférences – Directrice des études, Directrice adjointe, puis Directrice des relations internationales – ont été des étapes clés dans la construction de mon parcours professionnel. Chacune d’elles a apporté une dimension unique, tant sur le plan humain que scientifique, et a profondément influencé mon projet professionnel.
En tant que Maître de Conférences, j’ai découvert la richesse de l’équilibre entre enseignement et recherche. Transmettre des connaissances à des étudiants ingénieurs, c’est aussi apprendre à rendre accessibles des concepts complexes, à adapter son discours, et à se remettre en question.
Les postes de Directrice des études et Directrice Adjointe m’ont offert une vision globale de la formation des ingénieurs. J’ai pu repenser l’articulation entre les enseignements théoriques et les projets pratiques. Cette expérience m’a appris à piloter des projets transversaux, à collaborer avec des partenaires industriels, et à anticiper les évolutions des métiers de l’ingénierie. En tant que directrice adjointe, j’ai aussi été impliquée dans la gouvernance de l’établissement, ce qui m’a permis de comprendre les enjeux stratégiques de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Enfin, la direction des relations internationales a élargi mes horizons. J’ai développé des partenariats avec des universités et des laboratoires étrangers. Ces collaborations ont ouvert des perspectives nouvelles et ont renforcé la visibilité de l’école à l’étranger.
Aujourd’hui, je suis chargée de mission pour l’attractivité et la promotion des formations à Bordeaux INP. Il s’agit de mettre en valeur nos formations, d’attirer des talents et de montrer comment l’ingénierie peut répondre aux grands défis de notre époque. C’est un poste où je peux allier ma passion pour la pédagogie, mon expérience en management, et mon goût pour l’innovation.
Un parcours professionnel, c’est comme un projet de recherche : il doit être curieux, adaptable et ambitieux. Mes expériences m’ont appris que chaque rôle apporte quelque chose d’unique – que ce soit en enseignement, en management, ou en relations internationales. L’important, c’est de rester ouvert aux opportunités, de savoir se remettre en question, et de construire un parcours qui nous ressemble.








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